En février, j’avais eu droit aux frasques agricoles d’un omniprésident campagnophobe ; je pensais avoir atteint un sommet de débilité elyséenne, mais non ! C’est à croire qu’à chaque fois que je pars, j’ai droit à quelque extravagance de notre petit monarque (ou bien ce n’est peut-être que quand je pars que j’ai le temps de me rendre compte de ces énormités présidentielles).
Cette fois, après le fumier et les vaches, Sarkoléon s’est adressé à la foule grognarde depuis son beau château, nous offrant une étrange prestation, à mi-chemin entre l’heure de vérité et au théâtre ce soir. « Je ne suis pas un roi », nous a-t-il dit. Non, c’est un empereur.
Après la fabuleuse affirmation de janvier (« Les caisses sont vides, bonne année »), il nous dit « J’ai pas de sous, le pétrole monte, c’est la crise des Bourses au niveau mondiale, c’est pour ça que je peux rien faire : c’est pas ma faute à moi. ». C’est risible ; l’argument mondial comme seul rempart, Sarkoléon le petit ferait-il dans le tragique ? Certes, la configuration actuelle n’est pas des plus confortable, mais quand on trouve je ne sais combien de milliards pour augmenter son salaire de façon exponentielle et financer le paquet-fiscal-pour-riches, on n’a pas le droit de se cacher derrière une situation économique désastreuse. Ça a au moins le mérite de clarifier l’ordre de ses priorités : d’abord lui, les riches ensuite… et que les pauvres travaillent (après tout, c’est bientôt l’été, les gens peuvent bien dormir dehors). De toute façon il ne peut rien faire (c’est pas sa faute, à lui). On constate ainsi une érosion du slogan populiste de Sarkozy candidat, qui ne tient plus qu’en deux mot : travaillez plus. Qu’on ne s’étonne pas que 72 % du vulgaire soir déçu.
Mais il a aussi dit des choses vraies : il a fait des erreurs. On n’avait pas attendu qu’il nous le dise pour s’en rendre compte, mais qu’il n’aille pas nous faire croire que ce ne sont que des erreurs de « communication »…
Et puis il y a le RSA. Sa seigneurie veut aider les pauvres, comme Robin des Bois. Pour ça, elle va leur donner de l’argent, comme Robin des Bois. Le problème, c’est qu’il est hors de question de voler aux riches (même de leur demander, d’ailleurs) ; contrairement à notre grand héros, notre petit président innove donc dans la bêtise en volant aux pauvres pour donner aux pauvres : vous ne voudriez pas le priver de sa Rolex, non mais !
Quatre-vingt dix minutes de pur bonheur (c’est qu’il est drôle dans la connerie, le bougre !), qui ne font cependant pas oublier une année calamiteuse pour le peuple (qui l’a élu, certes : c’est que les beaux-parleurs, ça embobine). Plus que quatre ans à tenir, diront certains. Mais finalement, quand on voit les licenciés de Gandrange, les expulsés victimes de la politique chiffrée d’Hortefeux, les travailleurs pauvres, les SDF, on aimerait bien dire à notre président : « Casse toi, pauv’ con ! ».
« Voici de l’or, viens, pille et vole,
Petit, petit. »
(Oui, je suis revenu
)