Qui a eu cette idée folle, de précariser l’école ?

Jeudi 15 mai. Plus d’une semaine que c’est prévu. Depuis quelques temps, dans la cour, dans les couloirs, un seul mot résonne : Manifestation. Le mot est murmuré, chuchoté, insinué ; tout le monde est au courant et personne n’y parait. Contre les suppressions de postes dans l’éducation nationale, contre la précarisation de nos lycées. Au lycée Mangin, deux départs à la retraite ne sont pas remplacés, au collège, un professeur doit partir. Nous ne souhaitons pas de classes surchargées, d’options limitées.
Sur le parking, un air de rébellion règne ; les traits tirés, l’air inquiet, hagards, le proviseur et la CPE observent le groupuscule qui se forme. Garée, une fourgonnette estampillée POLICE laisse présager d’une journée peu ordinaire. Le doux écho des discussions mêlées s’amplifient chaque seconde, avec l’arrivée d’un lycéen, puis d’un autre. Ils parviennent de partout ; certains sortent de l’établissement, d’autres arrivent par le bas. Toujours rien. Tout est calme.
Il est huit heures, c’était l’heure prévue. Des panneaux émergent dans la foules, comme venant de nulle part ; des banderoles se dressent. Soudain, comme si le mouvement avait été répété durant des mois, le groupe s’organise. Une femme prend la tête. La fourgonnette descend sur la rue, gyrophares allumés : ça y est, c’est le moment. La marche commence. Nous partîmes trois cents, dans un étrange silence, dans un calme surréaliste ; l’allure était rapide dans ces rues bouclées par les forces de l’ordre. Les policiers semblent amusés, mais sérieux, dans leurs costumes ridicules : vivement qu’il pleuve, afin qu’ils les dissimulent sous leurs imperméables à peine mieux. Après quelques minutes, les premiers slogans fusent. Qui n’aura pas compris, après cette journée, que les lycéens sont « en colère » ; que la politique du gouvernement se résume à « un pas en avant, trois pas en arrière » ? Ah qu’il n’est pas bon, de nos jours, d’être éponyme de notre empereur de chef d’État, les « Nicolas, démission » étant monnaie courante. Les cornes de brumes se mettent à hurler, et les lycéens de crier avec elles. Tout se déroule bien. Arrivés devant la mairie, les lycéens s’assoient, bloquant le carrefour. Mais où est notre Maire ? Pas chez nous, en tout cas. Belle République où nos élus de proximité ne songent qu’à s’éloigner !
C’est aussi l’heure des premières dissensions, minimes, mais qui imposent un passage devant un pensionnat privé. La marche reprend. Toujours cette ambiance chaleureuse, comme une union sacrée contre l’absolutisme qui semble être l’apanage de notre président. Dans la masse, un Djembé qui rythmera bon nombre de slogan commence à résonner. Quelques gouttes tombent.
Alors que le gros de la manifestation est passé, le cortège est amputé d’un groupe de manifestants qui préfèrent aller au LP, contre l’avis des organisatrices. Le gros du groupe reste cependant uni, multipliant les sit-in à divers carrefours, entonnant leurs chants emplis d’une immense ferveur. Mais l’heure est déjà au retour. Dans l’optique de ne pas déranger nos camarades examinés ce jour là, nous nous taisons une fois sur le Parking. Onze heure, c’est fini. L’heure était prévue, son respect promis a été tenu. Le lycée, de l’extérieur comme de l’intérieur, parait morne. Les murs jaunâtres, les vitres bleues, les bâtiments arrondis, les traces de lierres indélébiles, tout ici semblait chantonnait une petite complainte ; les classes sont vides. Manifestants, grévistes professionnels, qu’importe le motif il n’y a presque plus personne dans ces murs froids et hauts : je songe à une réussite, n’en déplaise à certains.
L’après midi est presque normales, hormis les profs en grève et les élèves absents.
La mobilisation nationale a été impressionnante ; 300 000 manifestants, la moitié des enseignants en grève. Réaction présidentielle : il faut rendre le Service Minimum d’Accueil obligatoire. La surdité a frappé les hautes sphères du pouvoir, il faut être imbécile pour ignorer un mouvement d’une telle ampleur. Passer en force, se foutre et des loi et des gens, de toute façon on le sait bien ; « C’est la politique du gouvernement », et elle est infructueuse, en plus d’être parfaitement scandaleuse.
Scandaleux, l’adjectif peut aussi être attribué au journaliste du Républicain Lorrain. Le texte est mensonger, les propos sont trompeurs ; mais de toute façon, comment croire l’« article » d’un pseudo-journaliste lorsqu’il écrit « Retour au lycée. Il est dix heures. Et encore, ça a traîné. », alors que nous sommes rentrés quelques minutes avant onze heures ? Ce brûlot n’est pas crédible, ce n’est qu’un tissu de mensonges. Ah qu’il est beau, notre Républicain de Droite !
Désormais, les billets affluent chez les surveillants et chez les CPE. Faut-il leur rappeler qu’ils ne peuvent refuser aucun motif ? Faut-il leur signifier que le billet d’absence, signé, quel que soit le motif, ne peut être refusé ? Faut-il leur montrer l’article 131-8 du code de l’éducation pour qu’ils comprennent ? Veulent-ils vraiment en arriver au tribunal administratif, veulent-ils vraiment alerter l’inspecteur d’académie ? Il y a des droits que l’on bafoue plus que d’autres, ceux des lycéens en font partie. Il est intolérable qu’une personne soit sanctionné pour une absence JUSTIFIÉE, signée par le responsable légale, car cela va à l’encontre de la loi : le lycée n’a pas à être une zone de non-droit.

Notre manifestation est réussie, le mouvement au niveau national est un succès : l’autisme présidentielle n’en est que plus lamentable.