Hadopi, PPPLAI de la création…
26 juillet 2009 — NicozAvant-hier, en fin d’après-midi, les députés ont achevé l’examen des articles du projet de loi « Protection Pénale de la Propriété Littéraire et Artistique sur Internet », mieux connu sous l’appellation « Hadopi 2 », puisqu’il s’agit du patch à la loi « Création et Internet », dite « Hadopi », largement censurée par la décision 2009-580 DC rendue le 10 juin 2009 par le Conseil Constitutionnel. Le vote solennel sur l’ensemble du texte interviendra en septembre prochain. Les débats ont occupé les parlementaires durant quatre jours étant donné que les députés de gauche avaient déposé près de 900 amendements. Reprenant Bismarck, le député socialiste Didier Mathus a déclaré jeudi matin dans l’hémicycle : « Nous avons le choix entre une fin désastreuse et un désastre sans fin. » J’aimerais développer un peu cette idée ; les députés sont en effet confrontés à un dilemme terrifiant.
Il convient tout d’abord de souligner qu’à l’heure actuelle, l’industrie du disque périclite. Cette industrie meurt à petit feu pour la simple et bonne raison qu’elle se refuse à évoluer. Les majors se complaisent en effet dans un modèle économique déclinant, basé sur une vision archaïque de la propriété intellectuelle largement remise en cause par les nouvelles technologies et Internet. Auparavant, le CD contenait l’œuvre, le CD était l’œuvre. Imaginons que traîna sur votre bureau un CD audio. Si quelqu’un vous le prenait, vous ne l’aviez plus. Désormais, à l’ère du numérique, l’œuvre peut être copiée et partagée, à l’infini. Alors qu’avant on pouvait attacher l’œuvre à un objet, et donc vendre, non l’œuvre, mais l’objet, il est désormais impossible de restreindre la diffusion à une prison matérielle telle qu’un CD. Face à cette évolution, qui s’est rapidement ancrée dans les mœurs, il convient de réfléchir à l’évolution de la propriété intellectuelle et à de nouveaux moyens de rémunérer les créateurs, plutôt que de tenter de revenir en arrière pour conserver les anciens modèles. Sans évolution, les majors sont clairement condamnées, à plus ou moins long terme. Ces industries sont cependant le support de la création, et à travers elles, c’est la création qui pâtit. Si rien n’est fait, on assistera donc à la « fin désastreuse » de la création, les majors l’entraînant dans leur chute, à moins bien sûr que les artistes ne s’en désolidarisent à temps. Le problème est là, mais la solution que tente d’y apporter le gouvernement est manifestement mauvaise.
En effet, au lieu de faire preuve de courage politique et d’innovation en cherchant à faire évoluer la propriété intellectuelle à l’aune du XXIème siècle pour l’adapter à l’ère numérique, il s’entête à conserver, défendre et protéger des modèles d’un autre temps par une répression de masse, à contre-courant de l’évolution technologique. Vous me ferez remarquer, c’est peut-être pour cette raison qu’on les dit « conservateurs »… Eh bien qu’il me soit permis de rêver d’un Parlement Weight Watcher, c’est-à-dire sans conservateurs ! Toujours est-il que les lois Hadopi 1, puis 2 (et rien n’indique que c’est terminé) sont clairement conservatrices. Que font-elles ? Ces lois mettent en place une milice privée (la Hadopi), chargée de traquer les internautes partageurs qu’on se plaît à nommer pirate.
Mais que sont les pirates ? Le jeune qui télécharge, derrière son écran, les musiques que ses copains écoutent parce qu’il n’a pas les moyens de se les payer, parce qu’il ne peut pas se rendre aux magasins pour les acheter, ou que sais-je, mérite-t-il le même qualificatif que ces loups de mer somaliens qui pillent et tuent ? En employant le terme « pirate », le gouvernement stigmatise déjà de manière sémantique les internautes que je qualifierai, pour ma part, de partageurs. C’est moins épique, ça sonne moins bien, désolé, mais c’est plus juste.
Les lois Hadopi mettent donc en place une milice privée qui traquera les internautes, et les fera condamner, en masse, en ayant pour cela recours à l’ordonnance pénale et au juge unique. « Juge unique, juge inique. » Le but est clair, il s’agit de contourner la Justice. Et la sanction, elle aussi, est scandaleuse. Il s’agit de couper la connexion internet du partageur, comme on couperait la tête de l’assassin si Badinter n’était pas là. On annihilerait donc, parce qu’il a partagé, la liberté d’expression de l’internaute, l’une des plus fondamentales pour que se maintienne la Démocratie, simplement parce qu’on a trouvé son adresse IP (dont on connait la fiabilité…) Voilà ce que dit la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, qui a valeur constitutionnelle, dans son article 11 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la Loi. »
Cette loi votée, on entre donc bien en plein dans la seconde option qui s’offre au législateur, le « désastre sans fin ».
Cependant, ce désastre sans fin à la frontière de l’autoritarisme risque fort bien de n’être que fantasme. En effet, il y a encore quelques principes de base dans notre pays, il y a encore la Constitution de De Gaulle, et si l’on en croit l’éminent professeur de droit constitutionnel Dominique Rousseau (son nom lumineux est tout trouvé !), le texte d’Hadopi 2 est hautement inconstitutionnel. C’est une première barrière, qui risque d’être dur pour les ministres de la Culture et de la Justice. De plus, il faut raison garder : ce texte sera, même s’il n’est pas censuré, inapplicable. En effet, il est déjà en partie dépassé, puisque le streaming est actuellement en train de supplanter le P2P pour ce qui est de l’écoute ; que l’IP ne saurait être une preuve (n’en déplaise à la 3ème chambre du TGI de Paris) ; et qu’il existe, comme le soulignait France 2 dans son 20H mardi soir, de très nombreux moyens de contourner la loi. Ce désastre sans fin ne passera peut-être pas le Conseil Constitutionnel, et sera de toute façon déjà dépassé et inapplicable. Heureusement, dans un certains sens. Cette loi ne servira en tout cas pas la création, et ne la sauvera pas, puisqu’avec ou sans elle, elle connaîtra quand même sa fin désastreuse. Monsieur Mathus se trompait donc un peu : quoiqu’il arrive, la « fin désastreuse » se produira. La seule chose que peuvent faire les députés, en réalité, c’est éviter le « désastre sans fin » en s’opposant à Hadopi 2. D’ailleurs, la citation de Mathus était erronée, car Bismarck avait en fait déclaré : « Une fin désastreuse vaut mieux qu’un désastre sans fin. » C’est dire…
Il y avait pourtant une troisième issue, qui ne stigmatisait pas les internautes partageurs, et qui sauvait la culture. Une troisième issue qui cherchait à s’adapter, une issue progressiste défendue, justement, par les socialistes, au travers de leurs amendements 540 à 548 : la contribution créative. Cette solution, tentative d’application de ce que prône Philippe Aigrain dans son livre Internet et Création, est l’issue salvatrice que le conservatisme du Palais-Bourbon a balayé d’un revers de manche. Elle est logique, elle est intelligente et elle est simple : « cette contribution automatique versée par les internautes, leur donnera en contrepartie des droits : celui d’échanger librement les œuvres couvertes par cette nouvelle rémunération forfaitaire et cela uniquement dans un but non lucratif. » (je cite l’exposé sommaire des amendements socialistes) L’idée est d’instaurer une faible taxe et de libéraliser (c’est là que le mot libéraliser prend toute la noblesse de son sens) les échanges de fichiers sur internet. Cette taxe rémunérerait d’une part les ayant-droits et pourrait aussi, par exemple, participer au financement de la création. Mais voilà, cette idée est novatrice et progressiste, et fait donc peur aux bancs de droite et aux majors. Voilà pourquoi on n’en a pas voulu.
Vendredi 24 juillet 2009, les députés ont achevé l’examen d’une loi inutile. Vendredi 24 juillet 2009, les députés ont préféré le passé à l’avenir. Vendredi 24 juillet 2009, les députés ont enterré la création.
Que soit écrit en lettres d’or sur le fronton du palais Bourbon, au-dessus d’Athéna et de Sully : « Ci-gît la Création. »
(On m’excusera le jeu de mot foireux du titre, mais trouver un titre original, des fois, c’est dur…)






26 juillet 2009 à 12:39
Je ne suis pas d’accord avec toi. Déjà la liberté d’expression n’est pas la liberté d’accès et de partage des œuvres des autres. Je trouve ça honnête qu’un artiste qui désire être rémunéré le soit autrement que par un forfait (qui sera a mon avis bien difficile à partager justement entre tous les artistes du monde), mais bien au nombre de vente qu’il réalise.
Après, que la création soit en crise, je ne suis pas du tout d’accord. Forcément, on nous crache de plus en plus de musique minable au kilomètre car justement elle se *vend* ! Maintenant il existe une multitude d’excellents groupes plus dans l’ombre mais qui font de la musique remarquable.
Comment les découvrir ces groupes ? Personnellement je passe par Last.fm qui me donne des résultats exceptionnels. Je vais aussi écouter des CDs à la Fnac, j’achète les coups de cœur à 7€ (ou moins), je tends l’oreille quand j’entends un chanson dans le lecteur d’un ami, je vais à des concerts, je discute beaucoup entre amis musiciens. Il existe une foultitude d’autres solutions : Jiwamusic et Deezer, Jamendo, *sortir de chez soi*… La solution pour moi n’est pas de se vautrer derrière son écran pour essayer de récupérer plus de 40Go de musique que je n’écouterai probablement jamais. Au final, dans ma discothèque, je peux compter sur les doigts de la main le nombre de pistes que je n’aime pas écouter.
Après qu’une œuvre ne doive pas être liée à son support, je suis d’accord. Que HADOPI n’est pas applicable en l’état, je le suis aussi.
Quoi qu’il en soit je suis contre forcer les artistes à laisser leurs œuvres se partager librement : ça me semble aussi ridicule que de forcer Microsoft, Apple, Oracle, etc. à rendre libre tous leurs logiciels.
26 juillet 2009 à 13:18
Salut
Je vais répondre à tes objections ;
Tout d’abord, je n’ai pas inclus dans la liberté d’expression le partage d’œuvres, ma citation de l’article 11 de la DDHC de 1789 est là pour critiquer la coupure de connexion, et non défendre le partage légal.
Ensuite, nos avis divergent sur la rémunération des artistes.
Déjà, je pense qu’on ne peut plus, en l’état, se baser sur le nombre de ventes, et ce pour la simple et bonne raison qu’avec l’ampleur du téléchargement illégal, ce chiffre ne représente plus rien. Et puis, je crois savoir que les artistes ne touchent qu’une partie infime du prix du disque.
Toujours est-il qu’en l’état, à part des groupes que je vais qualifier à tort d’ »artisanaux » et qui sont encore bien peu représentatifs diffusant leurs œuvres sous licence libre ou créant indépendamment des majors, la création a un problème de rémunération. Le modèle largement prédominant, c’est les sociétés de gestion des droits, et ce modèle là est en déclin certain. Sans évolution, il succombera. Pas demain, certes, mais à moyen ou long terme, il s’éteindra, et si rien n’est fait, puisqu’il est le modèle prédominant, nombre de nouveaux artistes ne pourront émerger, nombre de petits artistes ne pourront subsister, et ça sera là clairement un coup dur pour la création. Pour moi, la création s’embourbe clairement dans une crise terrible, ne t’en déplaise.
Alors il faut faire quelque chose. Mais quoi ? Philippe Aigrain, dans son livre, propose des pistes. Elles ne sont peut-être pas encore tout à fait au point, même si à la lecture d’//Internet et Création//, on les sent bien développées et réalistes. À l’heure actuelle, je n’ai pas lu de proposition salvatrice plus au point, et qui fonctionnerait.
Mais que je sois bien clair et compris : le problème ne réside pas dans la création, les esprits ne sont pas devenus infertiles, non, le problème est de trouver les moyens de rémunérer les créateurs à l’ère du numérique.
Et pour cela il faut évoluer, progressivement. Les amendements socialistes ne visaient pas à imposer la contribution créative, mais à lancer des dialogues autour d’elle, réunissant autour de la table créateurs, consommateurs, et tous les acteurs d’Internet et de la Création. La contribution créative ne s’appliquerait, par exemple, qu’au artistes le souhaitant, que sais-je ; on ne peut bien la cerner tant qu’on n’en a pas profondément discuter.
Quoi qu’il en soit, rester passif face à cette menace serait un crime culturel.
26 juillet 2009 à 16:07
Au temps pour moi pour ton utilisation de la Déclaration. Cela dit, la loi HADOPI ne t’empêche pas d’aller dans un café internet. C’est un peu comme quand tu fais du 230 sur l’autoroute : on te retire ton permis mais tu peux encore prendre le taxi. Ce n’est donc pas, de mon point de vue, une privation d’une liberté fondamentale, mais une correction suite à un comportement hors-la-loi.
Pour la crise de la création nous ne sommes effectivement pas du tout du même avis. C’est une réelle joie pour moi que d’avoir découvert quelques groupes bien avant qu’ils ne débarquent sur les ondes. Cette création est là, elle demande juste un effort, ce qui ne semble plus être à la mode. Je pense que c’est une erreur — mais ce n’est peut-être pas ce que tu as voulu dire — de croire que tout le sort de la musique moderne et de la création est entre les mains des majors : les petits labels et les indépendants existent et fonctionnent. Ce n’est pas la Star Ac, Virgin 17 ou Universal qui vont me dicter ce que je dois écouter/acheter/télécharger/aimer ! Et cet effort de découverte, je le fais parfaitement légalement…
Enfin pour en revenir à la contribution créative, je ne télécharge pas et je n’ai pas envie de le faire, même légalement. Avoir un pauvre fichier sur une clef usb est ô combien plus triste à mes yeux qu’une pochette reliée avec les photos des artistes, les paroles des chansons, un disque pressé, … Je ne vois pas pouvoir je paierais une taxe pour ça ! J’ai déjà suffisamment mal au cœur en payant ma taxe sur la copie privée quand j’achète un disque dur.
Ceci sera probablement mon dernier commentaire : pas que je sois vexé, mais il sera probablement difficile de se mettre d’accord, donc évitons d’user trop de pixels. J’espère juste que mon avis pourra te faire réfléchir à certaines de tes convictions tout comme j’aime à remettre mon opinion en question régulièrement.
26 juillet 2009 à 16:11
PS : tu n’as pas répondu, me semble-t-il, à ma remarque sur les logiciels. Pourquoi ne pas autoriser le partage et le téléchargement les logiciels propriétaires puisqu’après tout, les programmeurs sont payées une bouchée de pain par rapport aux gains apportés par le logiciel ? Le logiciel libre est un concept fort et qui marche : pour moi l’avenir de la création artistique tient plus dans un équilibre entre art libre et art « payant » plutôt qu’une chienlit de partage sous prétexte que le majors s’en mettent plein les poches et brident la création.
26 juillet 2009 à 17:03
De manière liminaire, j’aimerais revenir sur ton analogie ; tu me dis que couper la connexion est comme retirer le permis de conduire ; c’est une sanction privative de liberté. Je trouve cette analogie au mieux inexacte, au pire pernicieuse, pour de nombreuses raisons. Par exemple, alors qu’un chauffards met en péril des vies humaines, ce n’est absolument pas le cas du téléchargement de biens immatériels. S’il est donc compréhensible qu’on puisse restreindre une liberté dans le premier cas, il est absolument scandaleux que l’on restreigne la plus importante de celles-ci dans le second. En droit plus que dans n’importe quel autre domaine, l’analogie conduit immanquablement à l’erreur. Mais heureusement, le Conseil Constitutionnel n’est pas dupe, et ne s’est pas laissé prendre dans cette analogie en censurant la coupure, invoquant, comme je l’ai fait, l’article XI de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789.
Ensuite, tu n’as pas compris ce que j’ai dit. Je ne parle pas de crise de la création à cause d’un manque d’idées, je parle d’une crise de la création à cause d’un manque de rémunérations. Tu ne peux pas le nier, la rémunération de la création, à l’heure actuelle, est en crise. Les majors, c’est un fait, ont entre les mains les moyens de rémunération de la création ; d’une immense majorité des artistes.
Tu n’as par ailleurs pas lu ce que j’ai écris. Tu critiques la contribution créative comme une chose décidée et claire, alors que j’ai clairement dit qu’à l’heure actuelle, on n’en discerne que les contours, on n’en connait que l’essence et son application factuelle est encore bien floue. Il faut en discuter, avant, ce que se refusent à faire les majors et les députés de droite. En effet, rien n’indique que le CD disparaîtra (le disque vinyle non plus, n’a pas disparu, et nombreux sont les passionnés qui les écoutent et les achètent encore) ; rien n’indique que tous les internautes devront payer la taxe. Tu refuses un concept novateur dont les contours ne sont pas encore sûrs, en t’inscrivant dans la droite ligne des députés godillots qui ont balayé les amendements socialistes, ancrant l’Assemblée Nationale dans un conservatisme de marbre.
La chose que tu oublies, c’est que le téléchargement n’est pas un fantasme : c’est un fait. C’est devenu une habitude. C’est inscrit dans les mœurs. O tempora, o mores !
Ceci étant, il faut évoluer et s’adapter.
Il est possible, d’une part, et je suis d’accord avec toi, d’écouter des œuvres dites « libres ». Je suis, justement, en train d’écouter OxyRadio.
Il existe aussi des labels indépendants, qui fonctionnent bien, je suis à nouveau de ton avis.
Mais ils ne sont pas la norme.
En effet, force est de constater que la majorités des jeunes artistes percent grâce à des majors, que la majorités des artistes, non seulement les plus connus, mais aussi ceux qui ne vendent que peu d’albums, sont sous l’aile protectrice et bienveillante des sociétés de gestion des droits. C’est indéniable. Et la disparition des majors empêcherait à coup sûr nombre de talents de percer.
On peut bien sûr faire comme si tout cela n’était qu’un rêve. On peut bien entendu, à ton image, dire que ce problème de l’adaptation de la rémunération des artistes à l’ère du numérique n’est que le songe d’une nuit d’été.
Mais ça serait là signer l’arrêt de mort d’une myriade de jeunes artistes.
Cela correspondrait en fait à priver la voûte céleste d’une bonne partie de ses étoiles, en n’en laissant que quelques-unes… filantes.
26 juillet 2009 à 17:22
Si on part du principe que télécharger illégalement met en péril la survie des artistes, mon analogie avec le permis tient toujours.
Pour le reste, tu alignes tellement d’affirmation sur la crise de la rémunération de la création, sur les majors qui refusent de discuter, sur la culture du téléchargement inscrite dans les mœurs, sur l’apocalypse prévisible des jeunes artistes… que je ne peux que m’écraser devant ta connaissance profonde du domaine musical artistique et de son fonctionnement actuel.
… et tu ne m’as toujours pas répondu sur mon analogie des logiciels libres…
26 juillet 2009 à 17:47
Sauf que le téléchargement, vois-tu, n’a jamais causé la mort d’un artiste. Je crois que les nombreuses familles de victimes aimeraient pouvoir en dire autant des chauffards…
Et puisqu’en lieu et place d’arguments tu juges plus intelligent de me remettre en cause, laisse moi simplement te dire que le problème de la rémunération de la création est aujourd’hui accepté est considéré par tous ; par le gouvernement, puisqu’il propose une loi qu’il destine à y remédier ; par les majors, puisqu’ils sont signataires des accords de l’Élysée ; par les députés et les partis d’opposition, puisqu’ils proposent la contribution créative pour y remédier.
Mais puisqu’à la faiblesse des arguments tu as substitué les joies de l’ad hominem, je vais en rester là.
Je te remercie pour tes commentaires, il est en effet toujours intéressant de lire des avis contradictoires, tant qu’ils restent dans le domaine des idées.
26 juillet 2009 à 18:16
Le téléchargement cause la mort d’artistes. Pas physiquement, bien sûr, mais c’est tout comme. Prends l’exemple de World Of Goo, un jeu sublime sur PC, honteusement téléchargé alors qu’il était diffusé sans DRM pour moins d’une dizaine d’euros. Comme par magie, l’éditeur est en faillite.
- http://linformageek.wordpress.com/2008/11/16/world-of-goo-subit-les-affres-du-piratage/
- http://www.clubic.com/actualite-255288-world-goo-editeur-jeu-banqueroute.html
Ce n’est qu’un exemple…
… et tu ne m’as toujours pas répondu sur mon analogie des logiciels libres… (quatrième fois)
26 juillet 2009 à 18:40
Pour changer un peu de sujet, il est tout à fait faux de penser que l’industrie du disque meurt parce qu’elle ne se serait pas adaptée. Elle meurt car elle a décidée de mourrir.
Le marché du disque décline ainsi depuis 1996. soit bien avant l’arrivée du premier logiciel p2p. Le marché en tant que tel périclite en fait depuis bien avant, depuis que l’offre musicale décline, c’est à dire depuis que les maisons de disques, de rachats en rachats, ont abandonnées tout effort de production « engagée », ou « hors norme » pour se contenter du sûr, du bankable, et de standardiser l’offre. Ce qui marche pour le lave linge ne marche malheureusement pas dans l’art, où les gouts et les couleurs se trouvent à l’infini. La restriction de l’offre à tout bonnement fait disparaitre des millions d’acheteurs ‘ la longue traine » du marché, et les majors ont alors accélérés leurs chute, en ne produisant plus que du très sûr, avec des « panels » bien établis, en repackageant des vieilleries, et toujours en restreignant l’effort de production. …. la suite est connue, le marché s’effondre, le discrédit est total quand apparaissent des emissions comme « star’Ac » où les méthodes de production industrielle sont mises à jour, et montrent comment on nous fabrique de la me***e à nous vendre, combien cette m/**** n’est pas spontanée mais au combien formatée. … terminé, game over. Le p2p dans cette affaire est quasi marginal et est tout du moins un épiphénomène, un symptome plus qu’une cause.
Comme dit un ami artiste : les majors peuvent disparaitre, on continuera à chanter.
26 juillet 2009 à 19:32
Tu dis que le téléchargement cause la mort d’artistes, nous sommes donc d’accord sur le fait que le téléchargement a un impact négatif sur la création ; c’est pour ça qu’il faut réagir. (on avance, on avance
)
Après je peux concevoir qu’on ne soit pas d’accord sur le moyen de réagir. Je défends pour ma part la contribution créative, pour toutes les raisons que j’ai évoqué au-dessus.
Concernant l’analogie avec les logiciels libres, je n’ai pas bien compris ce que tu as dit, le rapport (d’où l’évitement). Je vais quand même essayer de répondre, mais ne m’en veux pas si je réponds à côté de ta question.
Tu as dit que l’on devrait aussi légaliser l’échange, aujourd’hui illégal, de logiciels proprios, via P2P par exemple. J’ai une vision proche de Stallman sur le logiciel ; c’est, légalement, une œuvre de l’esprit, je la considère moi aussi au même titre qu’une création artistique. Après, si la contribution créative pour libéraliser l’échange de fichiers musicaux s’élève, selon les estimations et la manière de l’appliquer, à près de 2 €, je ne sais pas à combien s’élèverait celle des logiciels. Mais reste qu’elle pourrait aussi s’appliquer à eux. Mais tout cela, c’est affaire de dialogues et d’études. Il faut en tout cas que les acteurs de l’Internet et de la Création s’assoient autour d’une même table.
26 juillet 2009 à 19:53
Ca, je suis tout à fait d’accord que le téléchargement illégal a un impact négatif sur la création. Je dirais même que c’est assez faux-cul de prétendre le contraire : « si, je vous jure, quand j’ai fini le jeu, je l’achète si il m’a plu… ».
Après effectivement, je suis *pour* lutter contre le téléchargement illégal (et la un gros chantier reste à établir car HADOPI me semble difficilement applicable), mais *contre* permettre le partage et le téléchargement libre (même moyennant forfait) d’oeuvres. C’est, si j’ai bien compris, notre principale divergence. Eventuellement, si l’on arrivait à autoriser les échanges libres et faire payer proportionnelement à la quantité téléchargée, ce serait un gros pas en avant… mais ça nécessiterait une surveillance des volumes des échanges, et on rentre dans des problèmes d’identification similaires à HADOPI.
Je vais préciser ma réflexion pour l’opensource : je ne veux pas (et c’est personnel) libéraliser les échanges de logiciels. Je trouve juste étrange qu’on associe systématiquement HADOPI et Musique et non HADOPI et Photoshop, Windows, Cubase, … Je ne crois pas du tout au concept de licence globale pour les logiciels, donc de la même manière je n’y crois pas pour la musique.
Pour ta deuxième remarque, je ne comprends pas trop les 2€. 2€ par titre et par personne ? 2€ par mois et par personne ? 2€ par note de musique ?
26 juillet 2009 à 20:12
En fait, tout dépend de comment on met en place la contribution créative, le montant n’est pas fixé dans le marbre. Je pensais simplement à Philippe Aigrain, que je me permet de citer : « Mes propositions de montant de la contribution (à débattre) sont de 5 à 7 € pour l’ensemble des médias et 1,5 à 2 € pour la seule musique. »
Cette contribution serait une redevance ajoutée au prix de l’abonnement, éventuellement de ceux qui le souhaitent, et serait donc mensuelle.
27 juillet 2009 à 0:14
Puisque vous vous engueulez avec des arguments minables, je vais vous donner mon experience qui date d’il y a 5 minutes:
J’entends une chanson de William Sheller que je ne connaissais pas. Je cherche donc l’album, je le trouve et je regarde pour l’acheter. 19,99€ sur Amazon (sachant qu’il faut un minimum de 20€ pour que la livraison soit offerte…), 25€ à la fnac et encore plus cher en import.
Ce sont des chaonsons qui ont plusieurs années. Pour info: pour 25€, j’ai acheté cette semaine un pack de deux excélents jeux xbox 360 (Bioshock + Oblivion).
Alors ils auront beau foutre le bordel qu’ils veulent avec cette loi: les gens aiment la bonne musique, on leur en file pas, et quand ils veulent l’acheter, ça leur coûte un rein.
Je vais donc télécharger cet album. Celà dit, je l’achèterai si je le trouve pas trop cher en magasin.
27 juillet 2009 à 0:57
On est d’accord, la musique coûte trop cher. C’est une raison indéniable du développement du téléchargement, et c’est on ne peut plus honteux lorsqu’on connait les sommes réellement versées aux artistes (à coup sûr moins du quart du prix du disque, je dirais moins de 20 % mais sans avoir vérifié…)
Cependant, en téléchargeant, l’artiste ne perçoit plus rien. Et ça, ce n’est pas acceptable non plus, il doit aussi pouvoir vivre décemment – même si le problème ne se pose clairement pas dans le cas où il s’exile en Suisse, si tu vois ce que je veux dire
.
D’où l’idée de la contribution créative. Ce n’est pas la seule, peut-être pas la meilleure, voire, tout simplement, pas la bonne solution, mais il faut faire quelque chose pour concilier, d’une part, le téléchargement aujourd’hui illégal mais justifié par le prix des œuvres, les mœurs, etc. et, d’autre part, la rémunération nécessaire des artistes.
Edit ; après vérification, on nous donne 19 % du prix du disque pour l’artiste interprète, mais ce chiffre contesté serait plus proche, pour les petits artistes, de 10 % (source).
28 juillet 2009 à 12:09
Merci pour ce bien bel article.
Mais pourquoi avoir peur des mots et devoir trouver confort dans une formule bâtarde?
« libéraliser les échanges » ce n’est pas de ça qu’il s’agit puisque qu’ils sont déjà libre sur la toile. Si l’on s’en tient aux fait il s’agit plutôt d’empêcher la criminilisation de ces échanges.
Et pourquoi donc? Pour maintenir, justifier, légaliser, soutenir la Socialisation de la Culture.
C’est de ça qu’il s’agit la soialisation de la culture qui est proprment incompatible avec les logiques de société de consommation, productivisme, d’industrialisation de l’art et donc finalment du Capitalisme.
Voilà où conduit une réflexion globlale, il ne faut pas se méprendre. Ce qui se joue c’est bien une lutte de la Culture socialisée contre le Capital.