Les élections iraniennes des derniers jours sont contestées, parce que contestables. Depuis ces élections, les manifestations sont durement réprimées, les informations difficiles à avoir et pour cause : les journalistes étrangers sont réellement empêchés de travailler. De plus, les opposants au régime sont arrêtés, quand ils ne sont pas tous simplement assassinés, et risquent comme l’a rappelé ce matin un procureur iranien la peine de mort. C’est une véritable honte, un gigantesque scandale. Ce pays qui n’était pas un modèle de démocratie a clairement basculé dans un négationnisme libertaire. Nous pouvons aider les iraniens, nous le devons. Nos actes auront certes un faible impact, mais nous n’avons pas le droit de laisser un gouvernement bafouer de la sorte les libertés fondamentales et les droits de l’Homme : aujourd’hui et dans les temps qui viennent, nous sommes tous des Iraniens.
De drôles d’élections…
Sur le fond, et au fil des jours, il apparait de plus en plus clairement qu’il y a eu fraude, les élections ne se sont en tout cas pas tenues de façon transparente.
Il est d’abord étonnant que les résultats, dans les fiefs de Moussavi, lui soient aussi peu favorables, de même que le fort score d’Ahmadinejad à Téhéran, ville progressiste, est peu crédible. Les résultats des élections ne correspondent absolument pas aux attentes, ni à la géographie électorale de l’Iran, même s’il faut bien admettre que ce ne sont pas là des preuves solides. Ces informations participent cependant à faire douter les Iraniens et la communauté internationale.
Il y a plus étonnant ; la façon dont ont été « comptées » les voix. Au fil des annonces, les pourcentages sont restés les mêmes. Voilà le tableau des vagues successives de résultats annoncés :
| Vague # |
Moussavi |
Ahmadinejad |
| 1 |
2 955 131 |
7 027 919 |
| 2 |
4 628 912 |
10 230 478 |
| 3 |
6 575 844 |
14 011 664 |
| 4 |
7 526 117 |
15 913 256 |
| 5 |
8 124 690 |
16 974 382 |
| 6 |
8 929 232 |
18 302 924 |
Le coefficient de détermination est quasiment égal à 1 ; il vaut 0,999 5, c’est-à-dire que les scores de Moussavi et d’Ahmadinejad évoluent ensembles de manière quasi-linéaire : pour chaque voix qu’obtient Moussavi, Ahmadinejad en obtient près de 2 (1.9 pour être un peu plus précis). Cette quasi-perfection mathématique et statistique n’est absolument pas réaliste, et accrédite fortement la thèse de la fraude.
Toujours en lien avec le comptage des voix, que penser de l’image ci-contre, qui représente deux captures de la télé iranienne, à quelques heures d’intervalle ? Le troisième candidat, qui avait 633 048 voix le matin, à 9H47, n’en a plus que 587 914 en début d’après-midi, à 13H53 !
On peut aussi s’interroger sur la procédure elle-même : pour voter, il faut écrire le nom du candidat choisi sur le bulletin. Le souci c’est qu’en Iran 20,6 % de la population est analphabète, et doit donc demander de l’aide, par exemple, à un « gardien de la révolution » qui peut aider à bien voter… Et je ne parle pas même des urnes mobiles, hors de tout contrôle si ce n’est celui des « gardiens de la révolution », qui contenaient près de 7 millions des voix…
Et puis, comment le Ministère de l’Intérieur, qui a repoussé l’heure de fermeture des bureaux à 22 heures en raison de l’affluence, peut-il annoncer Ahmadinejad vainqueur dès 21H30 ?
Enfin, est-il normal que dans une trentaine de villes iraniennes, le taux de participation dépasse 100 % ?
Les élections ont, à mon sens, clairement été truquées.
Une presse et des opposants muselés
Mais le pire est bel et bien l’oppression terrible qui a suivi ce scrutin : une véritable chape de plomb s’est abattue sur l’Iran.
Dès les premières manifestations, les autorités iranienne ont clairement empêché les journalistes étrangers d’exercer leur profession en les renvoyant dans leurs pays ou, pour ceux qui restaient malgré tout, en leur interdisant de filmer ou de photographier quoi que ce soit et, maintenant, en les obligeant à rester dans leurs bureaux. Il faut dire que les manifestations pro-Moussavi ont rassemblé et rassemblent encore des centaines de milliers d’Iraniens, voire des millions, et encore plus les soutiennent à travers le monde. Ces manifestations sont très durement réprimées ; dans le sang (certaines images peuvent choquer). Depuis le début des manifestations, ont dénombre au moins 7 morts et de très nombreux blessés plus ou moins grave, sans compter les interpellations. Les milices de l’État tirent sur la foule, et tuent, comme le montrent les vidéos que les manifestants produisent eux-même, puisqu’ils sont aussi obligés de se substituer à une presse muselée ou muette.
Hier matin, les journaux iraniens ont - enfin - évoqué ces manifestations, pourtant immenses, en mettant en vis-à-vis une autre photo d’une contre-manifestation pro-Ahmadinejad organisée par le pouvoir, photo truquée (mais Ahmadinejad a l’habitude) puisqu’elle n’a pas tout à fait eu le même succès que la vraie révolte :

Mais malgré les violentes répressions, la mobilisation continue et ne cesse de prendre de l’ampleur ; malgré les menaces de mort proférées par les autorités, la révolte gagne tous les Iraniens, même les footballeurs (et le football, en Iran, tient une place très importante).
Internet est une véritable bulle d’air pour les opposants et Twitter un des lieux d’informations privilégiés, mais déjà, on apprend que des utilisateurs de ce service sont arrêtés, que le net iranien est lourdement censuré.
Nous devons les aider !
Il y a plusieurs moyens d’agir. Face au courage que déploient les manifestants, nos moyens d’actions à nous, derrière nos écrans, sont certes ridicules, mais s’ils peuvent contribuer à aider, ne serais-ce que de manière infime, nous devons le faire.
Pour les utilisateurs de Twitter, il est en premier lieu assez intéressant de changer le fuseau horaire et la location pour, respectivement, GMT+3H30 et une ville iranienne comme Téhéran, et ce afin de noyer les vrais Iraniens dans une masse importante d’utilisateurs et rendre ainsi plus complexe le travail du gouvernement qui, comme je l’ai dit tout à l’heure, interpelle encore et toujours les opposants, y compris les utilisateurs du service de micro-blogging qui est, littéralement et heureusement, noyé sous les informations et commentaires.
Il est encore plus intéressant de configurer un proxy squid et de le communiquer, via DM Twitter, @austinheap ou @ProtesterHelp.
Ces moyens d’actions, et d’autres, sont recensés aux adresses suivantes ;
Au-delà de l’aide logistique que nous pouvons apporter via, par exemple, un proxy, il faut absolument faire connaître au monde le réalité des répressions que subissent, actuellement, les opposants Iraniens. Au-delà de toute considération politique (Ahmaninejad n’est pas un saint, pas plus que Moussavi, même si les deux ne sont pas tout à fait les mêmes, n’en déplaise à Obama), c’est pour les Libertés que nous devons, autant que faire se peut, les aider. Les droits de l’Homme doivent s’appliquer partout, même en Iran.