De l’esprit des rois
16 janvier 2009 — Nicoz« Il y a dans, chaque État, trois sortes de pouvoirs : la puissance législative, la puissance exécutrice des choses qui dépendent du droit des gens, & la puissance exécutrice de celles qui dépendent du droit civil.
Par la première, le prince ou le magistrat fait des lois pour un temps ou pour toujours, & corrige ou abroge celles qui sont faites. Par la seconde, il fait la paix ou la guerre, envoie ou reçoit des ambassades, établit la sûreté, prévient les invasions. Par la troisième, il punit les crimes, ou juge les différends des particuliers. On appellera cette dernière la puissance de juger, et l’autre, simplement la puissance exécutrice de l’État.
Lorsque, dans la même personne ou dans le même corps de magistrature, la puissance législative est réunie à la puissance exécutrice, il n’y a point de liberté ; parce qu’on peut craindre que le même monarque ou le même sénat ne fasse des lois tyranniques, pour les exécuter tyranniquement.
Il n’y a point encore de liberté, si la puissance de juger n’est pas séparée de la puissance législative & de l’exécutrice. Si elle était jointe à la puissance législative, le pourvoir sur la vie et la liberté des citoyens serait arbitraire : car le juge serait législateur. Si elle était jointe à la puissance exécutrice, le juge pourrait avoir la force d’un oppresseur.
Tout serait perdu si le même homme, ou le même corps des principaux, ou des nobles, ou du peuple, exerçaient ces trois pouvoirs : celui de faire des lois, celui d’exécuter les résolutions publiques, & celui de juger les crimes ou les différends des particuliers. »
C’est en ces termes que Montesquieu défendait la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, seul moyen de garantir la démocratie et la liberté.
Dans notre République, le pouvoir exécutif appartient au Président, au Premier Ministre et à son gouvernement. Dans le cas présent, Sarkozy musèle complètement le gouvernement, supplante partout et tout le temps le Premier Ministre et les Ministres, tant et si bien qu’en l’état actuel, le pouvoir exécutif n’est qu’aux mains de notre omniprésident.
Le pouvoir législatif, ensuite, est lui théoriquement l’apanage du Parlement (que constituent l’Assemblée Nationale et le Sénat). Seulement voilà, depuis quelques jours a commencé l’examen par ladite Assemblée Nationale d’un projet de loi organique visant à contrôler totalement les députés (temps de parole plus contrôlé, droit d’amendement bafoué, et j’en passe), faisant passer cette institution déjà bien contrôlée par l’Elysée sous un joug encore plus féroce de l’exécutif, et donc du président.
Enfin, le pouvoir judiciaire aux yeux bandés appartient lui aux juges, indépendant de l’État. Le hic, c’est que notre omniprésident (encore lui), à défaut d’omniscience, est en quête d’omnipotence et a décidé, tout comme il l’avait fait pour la suppression de la pub sur france télévision, de supprimer les juges d’instructions, indépendants, pour les remplacer par des juges de l’instruction… complètement à la botte de l’État. Ces derniers dépendraient en effet du ministère de la justice, et donc du gouvernement, et donc de notre Président.
En conclusion, notre président contrôle totalement l’exécutif, musèle le législatif et tend à s’emparer du judiciaire. En plus de cela, l’ami des grands patrons de journaux qu’il est, en plus de la récente loi sur l’audiovisuel public, remettent grandement en question l’indépendance des médias, que l’on peut de nos jours qualifier de « quatrième pouvoir ».
Point d’espoir cependant, le Sénat a largement amendé le texte de la loi sur l’audiovisuel, atténuant un peu la prise de contrôle elyséenne en jouant pleinement son rôle de contre-pouvoir.




